Halloween

jeudi 11 avril 2013

Saint Claude de Diray, capitale de l'igname et sa foire à l'igname

 
 

Comment imaginer qu’un tubercule aussi exotique que l’igname se soit enraciné dans les terres loir et chériennes pour faire de Saint Claude de Diray, sa capitale française ?...que dis-je, Européenne  !

Pour comprendre les raisons de son implantation dans la région, un petit retour en arrière s’impose...


Nous sommes en 1840.
A cette époque, une crise alimentaire sans précédent fait rage, le mildiou sévit,  décimant les populations. On est à la recherche de légumineuses qui pourraient se substituer à la pomme de terre, alors menacée de disparition.
C’est dans ce contexte que Charles de Montigny, alors consul de France à Shanghai, décide d’envoyer en France quelques pieds d’ignames de Chine. Le tubercule fait donc son apparition en 1848  sur le sol français, à titre expérimental dans un premier temps, dans les département de l’Yonne et d’Indre et Loire.

Il faudra attendre jusqu’en 1890 pour les uns, 1930 pour les autres, pour voir l’igname cultivé en Loir et Cher, les terres de la région se prêtant idéalement à sa culture grâce à des sols très sableux dans lequel se complaît le tubercule.


D’abord marginale, sa production  s’organise à partir des années 1950, pour connaître le succès dans les années 80 avec un rhizome ne mesurant plus que 40cm pour 1kg (contre 1mètre pour 1kg pour la plante originelle). Ce plant, obtenu grâce à un rigoureux travail de sélection, rend alors la culture, la manipulation (moins de risque de casse) et la récolte (ne nécessitant de retourner qu’une moindre quantité de terre) plus faciles. Les champs d’ignames ressemblent à s’y méprendre à des champs de vigne, les deux cultures ayant le palissage en commun, pour profiter au mieux de l'ensoleillement.
Le tubercule, planté au mois de mars et avril, est récolté à la main en automne ( novembre et décembre) et peut être stocké tout l'hiver à l’abri de la lumière.


Michel Morand (à droite) - Producteur d'ignames - Saint Claude de Diray


De nos jours, seuls 30 agriculteurs produisent l’igname, qui ne constitue bien souvent qu’un complément de revenu pour ces céréaliers et maraîchers.
La production se concentre sur quelques villes du département : Saint Claude de Diray bien sûr, mais aussi  Vineuil, Maslives, Huisseau en Beauce et Montlivault.


Environ 400Tonnes sont récoltées chaque année, dont la majorité de la production est directement vendue à 2 commerçants de Rungis.
La moitié de la production est exportée en Grande Bretagne, le reste est consommé en France métropolitaine, aux Antilles et en Italie.


La foire à l’igname de Saint Claude de Diray est une véritable institution, une journée de fête pour célébrer le tubercule qui fait le succès de ce petit village comptant quelques 1700 âmes.



Bénévole - Foire à l'igname - Saint Claude de Diray


Et c’est donc dimanche dernier, premier dimanche après Pâques qu’a eu lieu la 30ème édition de la traditionnelle foire à l’igname à laquelle je me suis rendue avec Julie,  mon alter gourmande !


Même si nous avons été surprises de trouver peu de stands dédiés à l’igname, la déception a vite laissé la place au plaisir. Le plaisir de la rencontre avec tous ces producteurs, fiers et passionnés, ravis d’échanger sur ce qui fait leur quotidien et de parler de leur produit !


C’était donc ce week-end, une ode gourmande à l’igname décliné tantôt en accras, en classique mais non moins délicieuses frites, en tourtes ou encore plus déroutant, en mousse au chocolat, l’igname conférant à la mousse une texture de crème de marron, surprenant !


A noter que cette fête ne serait rien sans l’aide précieuse des bénévoles qui tiennent les stands avec les producteurs et qui répondent présent dès la veille pour la séance d’épluchage d'ignames (pas moins d’une tonne et demie ! ).  Je souhaitais tout particulièrement remercier Guy, bénévole enthousiaste, qui n’a pas hésité une seconde à me livrer la recette des accras qu'il a lui-même élaborée (ainsi que celle de la mousse au chocolat à l’igname, mais ça c’est une autre histoire gourmande !).

Un vrai régal que je vous livre ici ! 



Bénévoles au stand des accras - Guy et sa fille - Saint Claude de Diray

Accras de morue à l'igname 


Ingrédients pour 4 personnes 
1kg d’igname rapé
150g de morue fraîche salée (la morue séchée sera bien trop salée)
1cs de farine
2cc de levure chimique
2cc de piment rouge
ciboulette ciselé
persil ciselé
3 gousses d’ail écrasées


Réaliser une farce
Battre les œufs en omelette, ajoutez l’ail écrasé, le piment, le persil et la ciboulette ciselés, rajoutez la farine et la levure. Bien mélanger afin d’obtenir une pâte assez liquide.


Râper l’igname.
Placer le saladier dans lequel se trouve la farce juste en-dessous de votre robot afin que l’igname râpé soit immédiatement en contact avec le liquide pour éviter qu’il ne s’oxyde et noircisse.
Mixer votre morue et la rajouter au mélange.
Vérifier l'assaisonnement, même si, en soi, la farce n’a pas besoin d’être salée, la morue s’en chargeant.
Faire chauffer l’huile dans votre friteuse. Y plonger des cuillérées de pâte. Retourner les beignets à mi-cuisson pour les dorer des deux côtés, la cuisson est rapide, compter 3 à 4  minutes.
Egoutter sur une papier absorbant et servir sans attendre.

8 commentaires:

Mathgon a dit…

Merci pour cette histoire, avec en conclusion une alléchante recette. Est-il possible d'en trouver sur certains marchés de la région?

Julie a dit…

Quel bel article pour une si jolie journée ! Bien au-delà de l'ambiance de fête, on ressentait une grande sincérité et un vrai plaisir de partager de la part de ces producteurs.
Les accras sont très goûteux, il faut que je me lance avec mes 3kg d'ignames...

quelregal a dit…

Une culture et une histoire tous à fait inattendus : merci d'avoir pris le temps de nous faire partager toute cette histoire très intéressante.
N'ayant pas de friteuse, je vais attendre encore un peu pour découvrir ce légume : peut être avec la recette de la mousse au chocolat ?

Gourmandises Chroniques a dit…

Bonjour Mathgon, la quasi totalité de la production est achetée par un négociant de la région qui la revend à 2 commerçants de Rungis. Si on en trouve sur les marchés de la région, c'est parce que les maraîchers en auront probablement acheté sur paris, mais aucun producteur d'igname de fait de marché...
La saison s'étend de novembre à...jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus ^^ Parfois on en trouve encore en juillet. Mais la récolte 2012 n'ayant pas été excellente, les derniers ignames se sont vendus ce week-end là à la foire.

Gourmandises Chroniques a dit…

Ravie de l'avoir partagé avec toi...

Escargots du Loir a dit…

J'en ai eu la semaine passée dans mon panier de légumes (via mon AMAP), qui plus est, des bio et du département. Si cela vous intéresse, je peux demander la provenance.

Saperlipopote a dit…

Incroyable histoire !
C'est drôle car j'ai connu cet igname (igname Sassa) quand j'habitais en Martinique où il est aussi cultivé avec d'autres variétés beaucoup moins raffinées, et j'ai été agréablement surprise d'en retrouver sur le marché de Tours (producteur du Loir et Cher). J'ai le fin mot de l'histoire du pourquoi du comment avec ton article.
Et coïncidence, j'ai fait une recette de hamburger avec un pain à la pomme de terre que j'ai remplacé par de l'igname, qui sera publié la semaine prochaine sur mon blog. N'hésite pas à venir y jeter un oeil. Je mettrai le lien vers ton article si tu es d'accord
Vive l'igname Sassa !!!

Saperlipopote a dit…

Il y en a sur Tours (marchés Velpeau et de Halles) et également chez Biolinet (paniers de légumes et boutique à Montlouis et sur Internet)

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